History of UISPP

Une Breve Histoire de L'union Internationale des Sciences Préhistoriques et Protohistoriques

Jacques Nenquin & Jean Bourgeois Anciens Secrétaires Généraux de l' U.I.S.P.P. (updated by L. Oosterbeek)

C’est à la Sapienzia en septembre 1865 que fut crée le Congrès paléoethnologique international (C.P.I.), lors d'une réunion de la Società Italiana di Scienze Naturali. Quelques années plus tard, en 1867, le C.P.I. prit le nom de “Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques (C.I.A.A.P.)”; cette dernière organisation peut être considérée comme l'ancêtre direct de l'Union.

Les origines de notre organisation remontent donc à quelque 130 ans. Les premiers moteurs de cette initiative internationale furent Giovanni Capellini (président de la “Società Italiana di Scienze Naturali”) et Gabriel de Mortillet. Entre 1866 et 1912, pas moins de 14 congrès ont été organisés; le Conseil Permanent a été créé lors de la session du C.I.A.A.P. à Lisbonne, en 1880. La première guerre mondiale mit fin à cette série de réunions fructueuses et constructives.

L'“Institut International d'Anthropologie (I.I.A.)”, qui avait été fondé en 1921 et avait tenté - dans une certaine mesure - de regrouper les archéologues et les anthropologues après la guerre, était cependant entièrement d'inspiration française, les cinq membres de son Comité Exécutif étant français. Cette organisation différait entièrement du C.I.A.A.P., par deux points fondamentaux : la balance penchait fortement en faveur de l'anthropologie au sens large (étude des communautés humaines vivantes, religion comparative, folklore, etc.) et l'archéologie préhistorique ne formait plus qu'une section mineure de l'ensemble. D'autre part, les chercheurs provenant des "nations vaincues" de la première guerre mondiale étaient exclus des activités de l'I.I.A.

C'est pour ces raisons que de nombreux préhistoriens et anthropologues choisirent de ne point adhérer à l'I.I.A. et que plusieurs d'entre eux, dont M. Boule, R. Verneau, H. Obermaier et P. Bosch-Gimpera, tentèrent de continuer la tradition réellement internationale du C.I.A.A.P. Après plusieurs efforts de collaboration entre membres du Conseil Permanent du C.I.A.A.P. et du Comité Exécutif de l'I.I.A., l'on prit la décision que la 15ème session du C.I.A.A.P. et la 4ème session de l'I.I.A. se ferait conjointement en 1930 au Portugal, sous la dénomination de “Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique”. Peu de préhistoriens participèrent au travaux de cette session, car nombre d'entre eux trouvaient le rôle attribué à la préhistoire trop peu important.

Quelques mois plus tard, en 1930 toujours, un "Comité des Cinq", regroupant G. Bersu, R. Lantier, H. Obermaier, W. Unverzagt et P. Bosch-Gimpera (en tant que secrétaire), se retrouva à Berlin pour discuter de l'organisation des congrès internationaux consacrés exclusivement à l'archéologie préhistorique. Ces congrès devraient se tenir sur une base réellement internationale et sans exclusion aucune. C'est ainsi que fut créée, du 27 au 29 mai 1931 à Berne, une nouvelle organisation portant le nom de “Congrès international des Sciences préhistoriques et protohistoriques (C.I.S.P.P.)”. Quelque 500 chercheurs se retrouvèrent lors du C.I.S.P.P. à Londres en août 1932, sous la présidence de Sir Charles Peers; A.W. Brögger et J.L. Myres étaient tous deux secrétaires-généraux du C.I.S.P.P. et V. Gordon-Childe, C.F.C. Hawkes, H.S. Kingsford et C.A. Raleigh Radford secrétaires du comité organisateur. Des archéologues provenant de 35 nations différentes formèrent le nouveau Conseil Permanent.

Le deuxième congrès, sous la présidence de A.W. Brögger, se tint en 1936 à Oslo. À nouveau quelque 500 archéologues participèrent à ce congrès, mais le climat politique de l'époque était à l'origine de quelques faits déplaisants, notamment concernant quelques collègues vivant en Allemagne nazie et en Italie fasciste. La proposition de tenir le 3ème congrès à Budapest en 1940, sous la présidence de F. de Tompa, avait été retenue, mais ici aussi la guerre empêcha son déroulement.

Après une tentative avortée d'organiser le congrès à Budapest en 1949, le troisième congrès se tint finalement à Zürich en 1950, sous la présidence de E. Vogt. Le secrétaire du comité national était W. Guyan. L'absence de chercheurs provenant de pays de l'Europe de l'Est explique sans aucun doute que moins de 250 préhistoriens furent présents à ce congrès. C'est à cette occasion que le Comité Exécutif fut installé, et que E. Vogt fut désigné comme Secrétaire, à titre provisoire. Il sera remplacé en 1952 par S. De Laet, en tant que Secrétaire-Général du Comité Exécutif.

Le quatrième congrès fut organisé à Madrid, en 1954; le président en était L. Péricot, qui avait remplacé le président désigné D. Blas Taracena Aguirre, mort peu de temps après le congrès de Zürich. Notre collègue A. Beltran-Martinez était le secrétaire du Comité national. Cinq cent préhistoriens se retrouvèrent, et des chercheurs de 51 pays furent élus au Conseil Permanent. Après de longues discussions, qui remontèrent à la réunion du Conseil Permanent à Copenhague en 1948, il fut finalement décidé d'adhérer au “Conseil international de la Philosophie et des Sciences humaines (C.I.P.S.H.)”, ce qui permettait d'obtenir une aide financière de l'U.N.E.S.C.O. pour des initiatives scientifiques prises par le Congrès. Cette affiliation du C.I.P.S.H. en septembre 1955 rendit nécessaire de transformer l'appellation de notre organisation en “Union internationale des Sciences préhistoriques et protohistoriques (U.I.S.P.P.)”, appellation qu'elle porte encore.

Les congrès suivants virent tous une augmentation constante du nombre de participants, avec un climax en 1976 lors du congrès de Nice, où quelque 3.500 chercheurs furent inscrits. D'autre part, un nombre également croissant de membres furent élus au Conseil Permanent, qui compte aujourd'hui près de 250 chercheurs provenant de plus de 100 pays. Les congrès successifs furent : le 5ème congrès, Hambourg, 1958 (Président G. Bersu, Secrétaire W. Dehn); le 6ème congrès, Rome, 1962 (Présidents A.C. Blanc - M. Pallottino); le 7ème congrès: Prague, 1966 (Présidents J. Böhm - J. Filip), à l'occasion de ce congrès, O. Klindt-Jensen fut élu Secrétaire-Général; le 8ème congrès: Belgrade, 1971 (Président G. Novak); ce congrès fut le premier à étre organisé après un intervalle de 5 années, ceci dans le but d'être en harmonie avec la règle émise par l'U.N.E.S.C.O des 5 ans d'intervalle pour les congrès majeurs; le 9ème congrès: Nice, 1976 (Président L. Balout, Secrétaire H. de Lumley); le 10ème congrès: Mexico City, 1981 (Président J. Garcia-Barcena, secrétaire J. Lorenzo); c'est lors de ce congrès que J. Nenquin fut élu Secrétaire-Général, ayant repris à titre temporaire cette tâche après la mort de O. Klindt-Jensen en 1980.

Le 11ème congrès à Mayence, 1987 (Président K. Böhner, secrétaire K. Weidemann); le congrès, à l'origine prévu à Southampton et Londres en 1986 sous la présidence de J. Evans, fut déplacé vers Mayence lors d'un vote du Conseil Permanent en 1986. Le comité exécutif du Comité organisateur britannique décida en effet fin 1985, de ne pas accepter au Congrès les chercheurs actifs en Afrique du Sud. Cette décision ne pouvait être acceptée, car elle était contraire aux Statuts et à la tradition de l'Union; elle était également totalement contraire à l'engagement pris par les organisateurs britanniques de "permettre à tous les chercheurs de bonne foi de participer au congrès, quelles que soient leurs nationalités, leurs convictions religieuses, etc.". Enfin, cette décision avait été prise sans consultation du Conseil Permanent de l'Union, du Comité Exécutif ou de son Secrétaire-Général. Le congrès organisé à Southampton prit le nom de "World Archaeological Congress" -un changement de nom également pris sans consultation préalable des instances de l'U.I.S.P.P. - et répétait ainsi l'erreur commise par l'Institut International d'Anthropologie, qui refusa en 1921 pour des raisons purement politiques, l'inscription de chercheurs provenant d'Allemagne, d'Autriche, etc. La décision prise par le Conseil Permanent et par le Comité Exécutif de ne pas reconnaître le congrès de Southampton fut transmise au Conseil international de la Philosophie et des Sciences humaines; elle fut confirmée par l'Assemblée Générale du C.I.P.S.H. et par le représentant de l'U.N.E.S.C.O à cette A.G. Ainsi fut également réaffirmé que l'U.I.S.P.P. est la seule organisation scientifique active dans le domaine de la préhistoire et de la protohistoire reconnue officiellement par ces Institutions.

Un nouveau problème d'ordre politique menaça d'intervenir dans l'organisation du 12ème congrès, à Bratislava en 1991 (Président B. Chropovsky, secrétaire J. Vadàr); il s'agissait des changements d'ordre politique et structurel dans ce qui était encore la Tchéco-Slovaquie. Heureusement, et grâce à la collaboration de nos collègues tchécoslovaques, toutes les difficultés furent balayées à temps.

Lors du congrès de Bratislava, il fut décidé d'organiser le 13ème congrès en 1996 à Forli (Président A. Radmilli, secrétaire C. Peretto).Ce congrès restera dans les mémoires comme un des grands congrès mondiaux. Plus de 3000 personnes se sont inscrites et de nombreuses activités parallèles (festival du film, expositions, etc.) agrémentaient l'ensemble. C'est à la fin de ce congrès que Jacques Nenquin se retira de ses fonctions. Il fut remplacé par Jean Bourgeois.

Devant l'ampleur qu'avait pris le congrès de Forli, il ne fut pas facile de trouver des candidats à relever le défi d'une organisation du 14ème congrès de 2001. Lors de la réunion du Conseil Permanent à Liège et Gent en décembre 1998, il fut décidé de confier l'organisation de cette manifestation à Liège (Belgique). A cette occasion Pierre P. Bonenfant fut élu président et Marcel Otte secrétaire du Comité national. Le congrès fut organisé en septembre 2001 et fut, une belle réussite. Les publications des actes des sessions, colloques, etc. ont été assurées (plus de 40 volumes). C'est lors des réunions de Liège que se présenta la candidature de Lisbonne (Portugal) pour organiser le 15ème congrès en 2006. Furent élus respectivement président et secrétaire général du Comité d'organisation les professeurs Vitor Oliveira Jorge et Luiz Oosterbeek. Jean Bourgeois fut à nouveau élu secrétaire général.

Le 15ème congrés a réuni à Lisbonne, en 2006, quelques 2.500 chercheurs sur plus d’une centaine de sessions et ateliers, et a permis l’édition de 49 volumes d’actes. Le congrès a approuvé d’organiser le congrès suivant au Brésil (en élisant Rossano Lopes Bastos comme Secrétaire et Pedro Shmitz comme Président), en même temps qu’il ouvrait une discussion sur le changement de status. C'est à la fin de ce congrès que Jean Bourgeois se retira de ses fonctions de secrétaire général. Il fut remplacé par Luiz Oosterbeek.

Le 16ème congrès s’est tenu a Florianópolis, au Brésil, en 2011, avec la présence de plus de 1.000 chercheurs, surtout de l’Amérique Latine. A l’occasion le Comité Exécutif a constaté le besoin de continuer à organiser des congrès hors de l’Europe soit et de ne pas avoir un intervalle trop grand entre deux congrès en Europe, compte-tenu de vu la grande quantité de chercheurs dans ce continent. Ainsi, le 17ème congrès s'est tenu a Burgos en 2014 (Président Emiliano Aguirre, Secrétaire Eudald Carbonell) et le 18ème congrès sera à Paris (Président François Djindjian, Secrétaire François Giligny). A l’occasion de nouveaux statuts furent approuvés et un nouveau Bureau fut élu : Jean Bourgeois (Président), Luiz Oosterbeek (Secrétaire Général) et François Djindjian (Trésorier).

En 2017, pendant la réunion du Comité Exécutif, un nouveau président a été élu (Janusz Krzysztof Kozłowski) et des vice-présidents ont été élus pour chaque continent (Afrique: Abdulaye Camara - Asie: Ya-Mei Hou (confirmée) – Amérique : Robert Whallon). Le bureau a été confirmé.

Ce (trop) bref historique de l'U.I.S.P.P. devrait permettre de se faire une idée de l'évolution de notre organisation depuis ses débuts, il y a quelque 130 ans, si l'on peut se permettre cette constatation un peu audacieuse. Le principe guidant l'U.I.S.P.P. pendant toutes ces années apparaît de toute évidence être le fervent désir des préhistoriens de nombreux pays de se rencontrer, de discuter lors d'occasions aussi nombreuses que cela semble nécessaire et utile, et de collaborer autant que possible à de nombreux projets internationaux.